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Conquêtes et mythe ducal

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A cette époque, un certain nombre de jeunes gens du Cotentin qui avaient grandi dans le mythe des hauts-faits du lignage ducal, et eux aussi en quête de conquêtes, s’installèrent dans le Sud de l’Italie, achevant ainsi une campagne de pénétration lente entamée en 1016 par un groupe de pseudo-pèlerins qui étaient leurs compatriotes. Il s’agit des cadets de Tancrède de Hauteville, un seigneur féodal qui avait commencé sa carrière au service du duc Richard II dit le Bon, père de Robert Ier le Magnifique et grand-père de Guillaume, futur conquérant de l’Angleterre.

Comme il a été évoqué plus haut, ses cadets, estimant que les territoires de la Normandie étaient trop exigus pour contenir leurs ambitions, émigrèrent dans le Sud de l'Italie et s’emparèrent de régions entières, telles que la Calabre et les Pouilles, sous suzeraineté lombarde et byzantine, et menacèrent de se déverser jusqu’en Sicile. Leurs relations initiales avec la Papauté furent marquées par des difficultés qui s’aplanirent lorsqu’ils s’érigèrent en protecteurs de l’Eglise et, à leur manière, de la foi, à tel point qu’ils commencèrent à bâtir des églises d’après les nouveaux modèles venus de Normandie où, sous l’impulsion de la politique pacificatrice du duc Guillaume, à la veille de la conquête de l’Angleterre, de nouvelles conditions économiques favorables avaient vu le jour qui avaient permis de réaliser un vaste chantier de construction.

Grâce à la présence catalytique d’un autre grand abbé lombard de Cluny, Lanfranc du Bec, deux cathédrales furent bâties à Caen, dans le sillage de l'école de Bernay : l'abbatiale de la Trinité (ou des moniales) et l'abbatiale de Saint-Etienne (ou des moines), ainsi qu’une église dédiée à Saint-Nicolas. Les meilleurs artisans du temps contribuèrent à la construction de ces édifices, jugés les plus significatifs de l'art roman normand. Et notamment à la Trinité, les thèmes architecturaux et ornementaux amorcés à Bernay se développèrent, thèmes auxquels puisèrent les bâtisseurs de cathédrales, avant et après la conquête de l’Angleterre et de la Sicile. Après avoir achevé l'unification de la Sicile, les Hauteville, sous l'impulsion de Robert Guiscard et de Roger le grand comte, tentèrent d'harmoniser leur ouvrages architecturaux sur le lexique mythifié en provenance de leur terre d’origine et d’Angleterre.

Les présupposés historiques, évoqués jusqu’alors de manière synthétique, nous fournissent les limites au sein desquelles mener l’analyse comparée des éléments structuraux et ornementaux présents, presque simultanément, dans les églises normandes et siciliennes des XIe et XIIe siècles.

Au-delà des similitudes évidentes dans les conformations architecturales en général, ces édifices sont caractérisés par le déplacement des absides de la prothesis et du diaconicon de l'extrémité des bras du transept vers les têtes des parallelechor adossées au Hiereion, afin de former de l'extérieur le plan typique à trois absides qui constituera le trait saillant des églises calabraises et des grandes cathédrales siciliennes. L'hypothèse a été formulée selon laquelle cette variante de l'art roman normand classique fut l'œuvre de Robert de Grandmesnil, autre grande figure d’abbé-architecte qui vécut au XIe siècle.

Roger le grand comte, en sa qualité de légat apostolique, confia à Robert la mise en œuvre d'un nouveau programme de construction ecclésiale. Selon ce programme, l'abbé de Saint-Evroult d’Ouche commença en 1067 la construction de différents édifices sacrés en Campanie, en Calabre et dans la Basilicate, confiant la direction des travaux à d’autres abbés normands. Notamment à Mileto, il édifia en 1080 l'église de la Trinité dont le plan non dénué d’intérêt renferme entièrement le plan des églises siculo-normandes à venir.
Sur le plan de la structure, si l’édifice rappelle certaines des techniques de construction en usage dans la région de la Sarthe, il reproduit dans l’ensemble une synthèse géniale à mi-chemin entre les modèles normands et clunisiens et ceux du Mont-Cassin (avec un transept légèrement prononcé à l’extérieur) présents dans certaines églises normandes du Sud de l’Italie, surtout dans les Pouilles. Dans les années 1080-1090, le modèle calabrais de l’abbé normand se retrouve dans les premières cathédrales siciliennes : Mazara; Catane ; Messine (première version de 1086) et dans l’église de San Filippo di Fragalà à Frazzanò. Toutefois, certains historiens, tout en soulignant la similitude entre les modèles calabrais et siciliens, ne considèrent pas une filiation directe entre les deux écoles de construction comme étant nécessairement certaine.

Il serait peut-être raisonnable d’opter pour une typologie italo-normande générale, mise au point à l’origine par l’abbé Robert mais, comme le remarque M. D’Onofrio, il faudrait approfondir les études sur les ruines de son abbaye inachevée de Saint-Evroult d’Ouche.

Pendant presque cent ans, les bâtisseurs des églises latines de Sicile adoptèrent ce schéma avec quelques variantes qui oscillent entre l’influence clunisienne de Cefalù et l'influence du Mont-Cassin visible à Monreale.
Ces ascendances ne modifient pas substantiellement le modèle de cathédrale siculo-normand qui se caractérise graduellement par de nouveaux appareils techniques et ornementaux provenant des expériences évolutives du Calvados et du Sud de l’Angleterre. Parallèlement, les œuvres splendides des créateurs de mosaïques et des sculpteurs byzantins voyaient le jour, créations qui ne se détachaient guère de leur expérience séculaire de construction à laquelle des techniciens et des artisans arabes apportaient parfois leur concours.

L’exigence d’étaler sur les murs des cathédrales de Cefalù et de Monreale les cycles de l'Ancien et du Nouveau Testament amena les bâtisseurs siciliens à apporter certaines variantes dans l’élévation des nefs, en murant le niveau qui en Normandie était réservé aux déambulatoires sur les nefs latérales, éliminant ainsi les géminées ou les trilobées afin de réaliser un bandeau continu qui servirait de support iconographique. Au-dessus (dernier niveau), le clérestoire fut maintenu et, plus rarement, également les cheminements pratiqués dans l’épaisseur du mur, sans arcades sur les nefs, mais évidents dans les sections supérieures des transepts composées de petits arcs soutenus par les traditionnelles colonnettes trapues normandes (cf. Cefalù). L'effet global des nefs centrales rappelle les premières églises basilicales italo-byzantines.

Le recours à l'arc en nervure dans les églises siciliennes constitue une autre variante structurale importante par rapport aux églises de Normandie. Ce système permit de centrer de manière optimale les charges sur les sommiers inférieurs de sorte que les bâtisseurs siciliens purent remplacer les piliers massifs par d’élégantes colonnes de pierre tout aussi résistantes (pièces archéologiques romaines le plus souvent). La finesse des membrures internes ainsi réalisées, conjointement à la lumière reflétée par les mosaïques, dématérialise la vision globale interne et donne l’impression d’un coffret resplendissant d’une lumière transcendantale qui émane des représentations sacrées qu’il renferme.