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Clochers et sculptures

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Les clochers des églises normandes de Sicile pourraient tout aussi bien abriter des flèches ou des coupoles, car leur architecture rappelle les clochers normands traditionnels construits entre les XIe et XIIe siècles dans la plaine de Caen et du Bassin de la Seine, initialement entre Sée et Bayeux, caractérisés par des volumes verticaux en forme de merlons pyramidaux en gradins (excellente solution statique) et surmontés de flèches de pierre. Riches en ornements géométriques et percés par des géminées à chaque niveau, ils constituaient de nouvelles solutions architecturales intéressantes et furent exportés de Normandie en Sicile.

Les cathédrales de Cefalù et de Monreale en possèdent des exemples significatifs. Certains, comme ceux de Saint-Jean-des-Ermites ou de Saint-Jean-des-Lépreux à Palerme, furent réalisés avec des variantes originales d'inspiration byzantine, comprenant la superposition de coupoles rouges caractérisées, certes pas par une similitude inexistante avec les mosquées arabes, mais par le cocciopesto (mortier de chaux mêlé à de la chaux hydraulique) qui les recouvre. D'autres, comme le clocher et le prothyron de Sainte-Marie de l'Amiral (église de la Martorana), montrent les premières expériences qui précédèrent le gothique en Normandie. Les artisans qui construisirent le clocher palermitain appliquèrent sur son sommet quatre tourelles angulaires ayant des fonctions de contrefort afin de contrecarrer les poussées des secteurs de la flèche de couronnement. Les tourelles, analogues sur le plan technique aux tours des clochers desservies par des escaliers dans les cathédrales de Caen, et d'autres églises comme celles de Quillebeuf et de Monvilliers, furent plastiquement revêtues de pseudo logettes circulaires, réalisées avec d'élégantes colonnettes.

Le clocher palermitain se différencie par son élégance et sa perfection des constructions italiennes similaires du Sud de l'Italie normande, et rappelle celui de Notre-Dame de Poitiers.

Il fut décrit à Noël 1180 avec des accents d'émerveillement par le chroniqueur andalou Ibn Jubair. Les édifices décrits jusqu'à présent laissent transparaître l'empreinte des architectes de l'école romane normande à laquelle nous avons déjà fait allusion. En effet, les sculptures et les géométries ornementales qui complétèrent et lièrent les monuments de la Normandie et ceux de la Sicile aux XI-XIIIe siècles expriment encore aujourd'hui, de manière incomparable, le style géométrique de l'école romane de Normandie, constituée dès le début de son épopée par Guillaume le Conquérant, avec l'aide de Guillaume de Volpiano, puis de Lanfranc du Bec. Les architectes et les sculpteurs qui réalisèrent les grandes cathédrales anglo-normandes, liées sur le plan historique au mythe de Guillaume. De même, l'école architecturale de Sicile contribua à l'établissement du mythe dynastique des Hauteville.

Les ornement réalisés en Normandie et repris en Sicile se basèrent sur des formules géométriques simples, dérivées ou développées de manière rapsodique par les entrelacs mérovingiens et les zigzags carolingiens, non dépourvus d'influences celtes.

Nous décrirons par la suite certains motifs principaux appliqués en Normandie puis en Sicile : le bâton brisé est constitué d'un boudin ou d'une baguette en relief que l'on dispose en bandeau autour des ébrasures des fenêtres ou des baies d'entrée, comme un long bâton brisé rythmiquement. On le rencontre aux XIe et XIIe siècles à travers tout le Calvados, et notamment à Thaon et à Toques.

Les dents-de-scie, usitées aussi bien dans l'ouest qu'au centre de la Normandie, sont des sculptures ornementales similaires au bâton brisé, bien qu'elles en diffèrent car elles comportent des bandeaux entiers ayant un plan disposé symétriquement et scié aux niveaux inférieurs. Les motifs décrits ci-dessus se retrouvent un peu partout, y compris en Sicile, mêlés à des ornements byzantins et islamiques : dans le porche d'entrée de la cathédrale de Monreale, comme sur la façade principale de la cathédrale de Cefalù.

Dans le cloître attenant à la cathédrale de Monreale, le bâton brisé fut gravé dans le fût de certaines colonnettes dont les bases sont incrustées de motifs géométriques islamiques réalisés à l'aide de techniques byzantines. Les motifs ornementaux décrits étaient encore en vogue au XIVe siècle dans l'architecture normande tardive ou liée à la maison Chiaramonte. Un traitement particulier est toutefois réservé aux surfaces extérieures des absides de Monreale pour lesquelles fut élaboré un système ornemental complexe, ponctué de chevilles bichromes et basé essentiellement sur la décomposition géométrique de la circonférence dans une série géniale de figures polygonales remarquables. Il s'agit probablement d'un message à  vocation didactique et professionnel rédigé par les artisans qui collaborèrent à la construction de la cathédrale (voir également le porche occidental).

Les compositions géométriques et mathématiques, particulièrement prisées par les auteurs de traités et les décorateurs islamiques, mettent toutefois en relief un bagage technique polyvalent qui ne pouvait pas ne pas être connu des bâtisseurs de cathédrales occidentaux.

La présence du tailloir en forme de livre fermé, ou l'échine ornée de palmiers stylisés ou disposés en enroulement aux angles (rinceaux), sont tous des éléments présents dans les églises de Caen et expérimentés auparavant à Bernay. D'autres types d'églises siculo-normandes, référées aux chapelles adossées aux palais construits dans les parcs royaux de Palerme (Fawara, Altofonte, Zisa), nous renvoient aux petits sanctuaires normands comme celui de Tollevast (1125-1150), comportant une nef unique très étroite, avec un chœur et un sanctuaire surmontés d'une voûte d'arcades et une abside terminale. Dans les chapelles siciliennes parfois dotées d'une tribune privée pour le roi et qui communiquait avec ses appartements, c'est la coupole byzantine traditionnelle qui fut adoptée. La présence d'une chapelle adossée aux palais des ducs et des rois anglo-normands était une coutume établie depuis fort longtemps et qui se rapportait au mythe des palais de Charlemagne. Rappelons l'église attenant au château de Caen et la chapelle palatine de la Tour de Londres.

Dans le cadre de ce mythe, Roger II fit édifier à Palerme, dans le palais des rois normands, une chapelle palatine consacrée à Saint-Pierre pour laquelle il eut recours aux architectes et aux créateurs de mosaïques chrétiens qui travaillèrent de concert avec des décorateurs arabes. Elle figure depuis lors au nombre des merveilles de l'art de tous les temps, et c'est probablement en raison de la décoration de cette chapelle que naquit l'école siculo-byzantine des créateurs de mosaïques qui aurait produit, pour la cathédrale de Cefalù puis pour celle de Monreale, certains des chefs-d'œuvre les plus renommés de l'art médiéval.

Les techniques de maçonnerie utilisées durant la période historique en question révèlent aussi diverses analogies entre la Normandie et la Sicile, comme l'utilisation de blocs de pierre soigneusement taillés et disposés avec expertise en rangées pour réaliser des murs arborant une parfaite stéréotomie. De même, le travail des moellons permettait de réaliser des appareils à contraste complexes pour la construction des voûtes d'arêtes. En Normandie, on utilisait surtout la pierre calcaire compacte de Caen, de couleur grise, exportée également en Angleterre pour la construction des cathédrales. Au même moment en Sicile, on réalisait des édifices sacrés ou civils en adoptant la même pierre utilisée par le passé pour la construction des temples grecs : un conglomérat de grès tufier capable de conférer aux bâtiments un ton chaud et doré. Une autre technique de construction communément utilisée pour les édifices religieux ou castraux concernait l'érection des murs à l'aide d'un conglomérat de pierre de différent poids coulé sur place entre deux couches de moellons équarris, rythmé par les encadrements et les moulures des baies ou renforcé par des contreforts extérieurs comportant des moellons équarris. Dans certaines variantes, les murs en conglomérat de pierre apparent, coulé entre des charpentes provisoires, étaient innervés de rangées polychromes de briques disposées en forme d'arête de poisson. Certains exemples de ce type de maçonnerie sont visibles dans les églises normandes de Saint-Pierre-de-Semilly, Cérisy-la-Forêt, Notre-Dame d'Esqy et dans les abbayes de la Lucerne, Saint-Wandrille, etc.